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Il y a des territoires qui ne s’imposent pas avec force, mais qui entrent doucement, comme le font certaines collines quand tu les traverses sans remarquer exactement le moment où tu es dedans. Le Roero est l’un de ces lieux : discret, moins raconté que les Langhe voisines, mais capable de garder une profondeur qui ne se révèle qu’à ceux qui ont le temps de vraiment s’arrêter. Aujourd’hui, découvrons ensemble ses villages, ses saveurs et son splendide paysage.
Où se trouve le Roero et comment il se dessine dans le paysage
Le Roero s’étend dans le bas Piémont, sur la rive gauche du fleuve Tanaro, juste en face des Langhe. C’est une terre qui appartient principalement à la province de Cuneo, mais qui s’approche et dialogue avec celle d’Asti, créant une continuité géographique et culturelle qui va au-delà des frontières administratives.
Ses communes — parmi lesquelles Canale, Montà, Sommariva Perno, Govone, Pocapaglia, Santa Vittoria d’Alba — dessinent une constellation de petits centres suspendus entre collines, bois et soudaines percées de terre.
Car le Roero n’est pas seulement des collines douces : c’est aussi un territoire incisé, marqué par un phénomène géologique unique.
Les Rocche del Roero : quand la terre s’ouvre
Ici, le paysage change de rythme.
Les Rocche del Roero sont des parois de sable et d’argile, de profonds canyons naturels qui se sont formés au cours des millénaires par érosion. Marcher à leurs côtés signifie voir la terre stratifiée, nue, comme si le temps avait décidé de se montrer sans filtres.
Elles sont l’un des éléments les plus identitaires du Roero : non seulement beauté, mais mémoire géologique vivante. Autour, les bois reprennent de l’espace, alternant avec vignobles et vergers, créant un paysage plus sauvage par rapport à l’ordre presque parfait des Langhe.

Un territoire de passage, mais jamais secondaire
L’histoire du Roero est liée à celle d’une famille noble, les Roero, qui au Moyen Âge donnèrent leur nom à ces terres. Mais avant encore, c’était un territoire de passage : entre plaine et colline, entre Turin et la Ligurie, entre marchés et voies commerciales.
Cette position a fait du Roero un lieu de rencontre, d’échange, mais aussi de travail dur, lié à la terre et à ses saisons.
Pendant longtemps, il est resté dans l’ombre par rapport à d’autres territoires plus célébrés, et c’est peut-être justement cela qui lui a permis de conserver une certaine authenticité, sans jamais devenir complètement « construit » pour ceux qui arrivent de l’extérieur.
Les produits du Roero : identités qui naissent de la terre
Ici, la terre n’est pas seulement paysage, mais substance.
Le Roero DOCG
Le vin qui porte le nom du territoire est le Roero DOCG, produit principalement à partir de raisins Nebbiolo. C’est un rouge élégant, plus délicat que celui des Langhe, avec une structure qui parle d’équilibre et de finesse plutôt que de puissance.
À ses côtés, le Roero Arneis DOCG, blanc identitaire de ces collines, frais, minéral, capable de raconter parfaitement la nature sableuse du terrain.

Les pêches du Roero
Un symbole moins connu, mais profondément enraciné, ce sont les pêches du Roero. Cultivées surtout entre Canale et ses environs, elles trouvent dans ces terrains sableux un environnement idéal.
Ce sont des fruits qui ont marqué l’économie agricole locale, surtout au XXe siècle, et qui encore aujourd’hui racontent un lien direct entre l’homme et la terre.
Autres produits et traditions
Les noisettes, les légumes et toute une production agricole ne manquent pas, qui reste à une échelle plus contenue par rapport aux Langhe, mais justement pour cela plus liée à une dimension familiale et locale.
Ici, la nourriture n’est jamais seulement produit : c’est geste, c’est saison, c’est continuité.
Un paysage à traverser lentement
Le Roero ne se visite pas.
Il se traverse, il s’écoute, on le laisse advenir.
Ses routes secondaires, les sentiers qui longent les Rocche, les rangées de vignes qui s’ouvrent soudain sur des perspectives inattendues, invitent à ralentir. Pas besoin de chercher continuellement quelque chose à voir : c’est le territoire lui-même qui, pas après pas, se raconte.
Et c’est peut-être là son trait le plus authentique : ne rien avoir à prouver.
Le Roero aujourd’hui : entre reconnaissance et discrétion
Ces dernières années, le Roero a commencé à recevoir davantage d’attention, notamment grâce à la reconnaissance UNESCO partagée avec les Langhe et le Monferrato.
Pourtant, il maintient une certaine distance.
C’est une terre qui accueille, mais ne s’offre pas complètement. Qui reste fidèle à un rythme plus lent, moins construit, où il est encore possible de trouver des espaces de silence et d’authenticité.
Si tu cherches un Piémont différent, moins raconté mais non moins profond, le Roero est l’un de ces lieux qu’on n’oublie pas tout de suite.
Ils restent sous la peau, comme le font les choses qui n’ont pas besoin de trop s’expliquer.

